Le plus grand piège quand on débute comme intervenant (surtout quand on a peu d'écart d'âge avec sa classe) ?
Vouloir être leur pote.
J'ai commencé à enseigner à 27 ans. Même sans avoir d'enfant à l'époque, j'ai tout de suite ressenti un poids un peu particulier : celui d'un rôle "semi-parental".
Et dix ans plus tard, c'est la première notion que je transmettais aux formateurs que je recrutais.
"Nous sommes le dernier bastion adulte avant qu'ils ne soient lâchés, seuls, sur le marché du travail."
Enseigner donne du pouvoir.
Qu'on le veuille ou non, cela crée un lien de subordination.
Face à des étudiants qui n'ont parfois que 5 ans de moins que lui, le jeune formateur cherche souvent la connivence.
Il veut être le prof "cool" et accessible pour se rassurer.
Mais cette familiarité est un leurre.
Elle crée un flou qui finira toujours par se retourner contre lui et les étudiants.
Il faut avoir le courage de poser les mots : quand il y a un lien d'autorité couplé à un effet d'admiration, le consentement libre et éclairé est impossible.
Dès que la relation sort du registre strictement académique, elle devient un frein, voire une menace pour l'intégrité physique et psychique de l'étudiant.
Poser un cadre et des limites, ce n'est pas être sévère. C'est sécuriser.
C'est assumer ce rôle pour que le travail puisse s'effectuer sereinement.

Nous sommes le dernier bastion adulte avant qu'ils ne soient lâchés, seuls, sur le marché du travail.

On l'oublie trop souvent : derrière un étudiant, il y a des parents qui, à travers une école, nous confient une responsabilité immense.
Être formateur·trice, c'est avoir l'humilité d'honorer cette confiance en gardant la juste distance.
Pas simple. Mais nécessaire. Pour tous.
Et vous, à vos débuts, avez-vous eu du mal à trouver cette posture cadrante face à de jeunes adultes ? 👇
PS : Difficile de ne pas penser à Camille Claudel avec ce sujet. (La femme accroupie - 1884. Photographe : Marco Illuminati). Elle a dix-neuf ans lorsqu’elle rencontre Auguste Rodin et fut d’abord son élève avant de devenir rapidement sa collaboratrice, son modèle et sa maîtresse.
Cette relation fusionnelle et tourmentée durera 10 ans durant lesquels il refusera de quitter sa compagne, Rose Beuret. Ce qui ne l’empêchera pas, après Camille, de prendre pour maîtresse une autre de ses élèves…
Camille ne se remettra jamais de cette rupture. Elle sombrera dans la folie, se croyant persécutée par la bande à Rodin, et finira ses jours (30 ans !) en asile psychiatrique, après avoir détruit la plupart de ses œuvres.
Claudel et Rodin, c'est le contre-exemple absolu de la juste distance entre un professeur et son élève.
Caroline Chiarotto
Co-fondatrice EdSquadra
© 2026 EdSquadra (Marque de la SAS Chiarotto Company). Tous droits réservés.